Bel Ami, le chef d’oeuvre de Maupassant porté à l’écran par deux réalisateurs qui viennent du monde du théâtre. L’histoire de l’asencion sociale d’un homme sans envergure dans la bourgeoisie parisienne du XIXe siècle. Un film d’époque avec Robert Pattinson, Uma Thurman, Christina Ricci. À l’affiche en Espagne.

Bel Ami, c’est l’histoire de Georges Duroy, un homme ayant perdu tout repère moral et  affectif pour pouvoir avancer librement dans le grand monde de la bourgeoisie parisienne du XIXe siècle. Le grand roman de Maupassant dépeint une bourgeoisie maladroite, étriquée, codifiée. Georges Duroy redécouvre la société civile après une mobilisation militaire en Algérie. Il est fatigué, sans ambition particulière sinon celle d’être riche et bien placé. Trois femmes auront chacune l’attrait d’être une possibilité d’ascension sociale, seront au service de ses doléances. C’est ainsi qu’il devient journaliste alors qu’il ne sait pas écrire, au hasard d’une retrouvaille avec un homme riche qu’il a connu en Algérie. Charles Forestier va se charger de lui indiquer la porte d’entrée d’une vie nouvelle et attrayante. C’est Madeleine (Uma Thurman), la femme de ce responsable du service politique de La Vie Française, quotidien le plus vendu de Paris, qui écrit à sa place à une époque où les intellectuelles n’avaient pas droit  à la parole publique.

Il y a aussi Clotilde (Christina Ricci), la jeune amoureuse délaissée par son mari bien placé aussi. Il deviendra peut-être, le grand amour de cet homme sans âme (« peut-être » car on se demande s’il est capable de véritables sentiments ou s’il feint encore quand il est dans les bras de Clotilde qu’il voit dans une garçonnière qu’elle loue pour eux). Georges Duroy va mener sa vie professionnelle en passant d’une femme à l’autre pour atteindre rapidement ses aspirations de grandeur et de célébrité. Et quand le journal découvre la supercherie de celui qui n’a jamais pondu une seule ligne d’article, il ira jusqu’à mettre dans son lit Mme Rousset (Kristin Scott Thomas), la femme du directeur du journal. Au fur et à mesure qu’il avance dans le milieu tant convoité, Duroy gagne en orgueil et en prétention (la scène où il lance à la prostituée qu’il a eu lors de ses débuts sans le sou : « qui es-tu pour oser me parler ? » en dit long sur toute l’ignominie du personnage).

La mise en scène, si elle est académique n’en n’est pas moins somptueuse, costumes et intérieurs flamboyants. Il faut souligner que Bel Ami est coréalisé par deux créateurs qui viennent du théâtre et dont c’est le premier film, Declan Donnellan et Nick Ormerod. Robert Pattinson, jeune acteur en vogue, interprète cet anti-héros qui parvient à ses fins grâce à son unique charisme. Un héros sans aucun talent qui utilise le sexe pour atteindre les sommets du journalisme et de la vie bourgeoise.

Alors, pourquoi avoir choisi Robert Pattinson pour interpéter Georges Duroy ? Et quand Uma Thurman-Madeleine Forestier démasque le monstre et lui déclare qu’il est la personne la plus vide qu’elle ait rencontrée, on se dit, tiens, tiens… N’est-ce pas à  Pattinson lui-même qu’elle s’adresse ? La dernière scène avec plan serré sur son visage inexpressif nous laisse un arrière goût difficile. Pattinson serait-il finalement le Georges Duroy du cinéma ?…

© Corinne Bernard, vivreabarcelone, octobre  2012.

Bel Ami, de Declan Donnellan et Nick Ormerod d’après le roman de Guy de Maupassant. Avec Robert Pattinson, Uma Thurman, Kristin Scott Thomas, Christina Ricci, Colm Meaney, Philip Glenister, Holliday Grainger… À l’affiche en Espagne.