Cosmopolis, le nouveau film de David Cronenberg débarque bientôt sur les écrans espagnols. Inspiré du roman de Don DeLillo, un trajet de 24 h dans une limousine où Robert Pattinson est un jeune trader milliardaire qui se lamente sur sa propre défaite, se cache, tandis que c’est le chaos dehors. Où le cinéaste convoque encore la paranoïa chère à la plupart de ses personnages. Sortie en salles le 11 octobre.

 

Cosmopolis promène le spectateur dans une limousine insonorisée qui n’a pas de fin pendant que le monde s’écroule dehors. À New York, dans la somptueuse américaine, un jeune trader qui a presque tout pour lui, veut se rendre chez son coiffeur à l’autre bout de la ville. Un héros désabusé et paranoïaque. À trop penser que le Dollar régnait en maître du monde, il se fait chaparder son empire financier par une valeur en hausse, le Yuan… et v’lan ! la Chine en pleine figure. La paranoïa  de notre héros dans sa Limo, -il est aussi persuadé qu’on cherche à l’assassiner-, est la parano de tout un pays aux prises avec ses tourments engendrés par une société qui se porte plutôt mal. C’est la crise, cela n’aura échappé à personne. Et tandis que nous ne quittons pas le trader calfeutré dans ce qui pourrait être aussi bien un Tank, on peut voir à travers les fenêtres, le chaos d’un monde qu’il ne connaît pas, celui d’un capitalisme sur le déclin. Un monde en flammes. Altermondialistes, anarchistes (on notera l’apparition éclair et ubuesque de Mathieu Amalric en nihiliste fou furieux), indignés, apparaissent comme dans un second film. Heureuse mise en abyme. Outre le trublion Amalric, une autre apparition hexagonale est celle de la superbe Juliette Binoche en marchande d’art hypersexuée, pour l’une des scènes de sexe d’un héros trop exténué pour y trouver un minimum d’extase. Il ne couche pas avec sa femme, blonde surnaturelle (Sarah Gadon) qu’il rejoint dans un café (rare scène extérieure du film), lui préférant des aventures fulgurantes dans la longue voiture.

Le message de Don DeLillo d’un pays en dérive et d’un héros en dehors du réel aurait mérité mieux à l’écran. Et sans détour, on peut le dire, bien que nous comptons parmi les inconditionnels du réalisateur de Dead Ringers et de History of Violence, le nouveau Cronenberg déçoit. On s’y ennuie. Il est au final une sorte de (trop) long lamento dans une Limousine porté par une logorrhée épuisante (souvent codifiée par un jargon boursier sans intérêt), balancée froidement par un acteur insignifiant, à savoir l’adulé des ados du monde entier : Robert Pattinson alias Bob. Il faut dire que porter à l’écran le chef-d’œuvre extravagant et sombre de Don DeLillo semblait risqué. D’autres grands romans ont essuyé des échecs au moment de leur adaptation au cinéma. Comme si c’était tout à fait impossible et complètement casse-gueule d’adapter certains monuments. On pense notamment au classique Don Quichotte, dont les versions d’Orson Welles (en 1955), ou de Terry Gilliam (en 1992),  demeurent des opus inachevés.

Évidemment, nous sommes bien chez Cronenberg et l’image lisse aux contours définis, les consonances théâtrales sont bien présentes dans Cosmopolis. L’esthétique est plus que soignée comme il se doit chez le cinéaste canadien. Mais la question qu’on se pose est de savoir pourquoi Cronenberg a choisi un acteur au charisme aussi évident que celui d’un mollusque pour incarner un personnage omniprésent sur tous les plans du film ? Car l’engouement cinéphilique pour Robert Pattinson demeure pour nous un véritable mystère. Et passer une heure quarante dans un véhicule, aussi luxueux soit-il, en sa triste et fade compagnie relevait de la gageure pour le spectateur que nous sommes. Tout de même, cette livraison du cinéaste laisse songeur… Et si Cronenberg avait délibérément choisi cet acteur pour signifier à quel point le monde et ses satellites impériaux (en l’occurrence l’industrie du cinéma), étaient sur le point de sombrer dans le chaos ?…

© Corinne Bernard, vivreabarcelone.com, octobre 2012.

Cosmopolis, de David Cronenberg, avec Robert Pattinson, Juliette Binoche, Sarah Gadon, Mathieu Amalric, Samantha Morton, Jay Baruchel… Sortie en salles en Espagne le 11 octobre 2012.