Derniers jours pour la rétrospective consacrée à Joaquim Gomis. « De la Mirada obliqua a la narració visual » présente plus de 200 clichés du photographe catalan. Visible et immanquable jusqu’au 3 juin 2012, à la Fundació Joan Miró.

 

Derniers jours pour la rétrospective consacrée à Joaquim Gomis (1902-1991) à la Fondation Joan Miró. Intitulée « De la Mirada obliqua a la narració visual », l’expo présente plus de 200 clichés du photographe catalan ainsi que la série des Fotoscops réalisée pour l’édition d’ouvrages de photographie. Visible et immanquable jusqu’au 3 juin 2012.

Joaquim Gomis, ami de Joan Miró, a été l’un des précurseurs de la photographie moderne en Europe dès la fin des années 20, en témoigne la première partie de l’expo intitulée La Mirada obliqua (Le regard oblique). Les premiers tirages contact, pris entre 1922 et 1939, sont particulièrement avant-gardistes et émouvants, avec par exemple, ce building du Texas pris en contre-plongée (Houston, Texas, 1923) ou encore ces photos d’édifices industriels américains (La Nueva Bolsa del Algodón, Houston, 1923) dont la forme est particulièrement nouvelle pour l’époque. Joaquim Gomis n’est pas un photographe qui pose un regard social sur les choses, non, il préfère s’attacher avant tout à la beauté des formes et à la manière de sublimer des lieux à priori sans harmonie aucune. Et puis, au fil du temps, il axe davantage encore ses travaux sur le détail formel, on le voit en particulier à travers ses prises de vues de la tour Eiffel. L’acier devient une sorte de personnage extravagant prêt à surgir hors de l’image. On ne perçoit pas au premier coup d’oeil qu’il s’agit de la fameuse tour et ce pourrait être n’importe quelle structure d’acier et boulons (série de quatre photos de la tour Eiffel prise sous divers angles, en 1928). Joaquim Gomis étudie les différents points de vue possibles en visant quelques détails de la tour shootés sous différentes perspectives. Il s’attarde toujours à l’éloge d’une vision oblique qui permet au spectateur de percevoir même les objets les plus communs comme une oeuvre d’art. Il est en ce sens, très proche d’un peintre avec sa toile. Sans doute, l’influence de son amitié avec Joan Miró et d’autres peintres de son époque…

En 1932, Gomis photographie des baigneuses sur la plage. Cette fois encore, il choisit l’angle oblique, véritable signature et marque de fabrique. Une vision du monde quasi poétique où le spectateur est invité à modifier son point de vue sur ce qui saute aux yeux. Le soleil, les filles allongées sur le sable en maillots de bains, le grain épais du sable, les parasols, les ombres sur la plage.

L’intérêt de Joaquim Gomis pour la photo d’avant-garde démarre dès sa jeunesse. Il a été l’un des membres fondateurs du cercle ADLAN (Amis du New Art, 1932-36) et du Club 49 (1949-1971), deux des associations importantes pour le renouveau de l’art en Catalogne. C’est à ce moment là qu’il fréquente des artistes tels que Joan Miró, Paul Éluard, Man Ray, Antoni Tapiès… Les premières salles de la rétrospective nous emmènent en voyage à travers une photographie où la forme est reine et où aucun détail angulaire n’est laissé au hasard, c’est tout l’art de la photographie moderne face à la précédente. La deuxième partie de l’expo, La narració visual (La narration visuelle) offre à voir les superbes Fotoscops. Il s’agit d’une série de livres de photographie consacrée à différents paysages et objets d’Espagne mais aussi à la nature et au corps. Et sans doute les ouvrages les plus fascinants du genre, publiés après la Guerre Civile. Ainsi, la série des Eucalyptus, qui ne fut jamais publiée et qui pourtant est d’une maîtrise formelle éblouissante. Dix photos qui montrent un Eucalyptus sous toutes ses coutures et facettes, la beauté de son feuillage, du tronc et ses détails qui sont, sous l’objectif de Gomis, des paysages infinis. Un autre inédit des Fotoscops, est celui sur le corps, datant de 1949. À l’instar des Eucalyptus, la femme nue est dévoilée, magnifiée, sous différents angles et postures et, Joaquim Gomis s’invite à l’image. Il se met en scène comme pour signifier la tentation du corps. Où l’on voit l’ombre de sa main prête à saisir le corps diaphane de la jeune femme nue. Les paysages photographiques pris en Catalogne et à Ibiza, montrent la lumière et chaque cliché est empreint d’une sorte d’aura mystique grâce à la puissance de photos prises au soleil de midi (Série Ibiza fuerte y luminosa, 1967). Les maisons blanchies à la chaux projettent parfois une ombre délicate, formant encore des obliques, des verticales et horizontales marquant la forme stylistique si chère à leur auteur. L’exposition dans son ensemble provoque l’émerveillement devant des photographies qui ressemblent parfois à des tableaux des grands maîtres de la peinture moderne.

© Corinne Bernard, mai 2012.

photos :  París, Torre Eiffel, c. 1928 (0.60 MB), Gelatina de plata, tiratge modern, 6,5 x 9 cm, Arxiu Nacional de Catalunya / Fons Joaquim Gomis.

De la mirada obliqua a la narració visual (Du regard oblique à la narration visuelle), Exposition visible jusqu’au 3 juin 2012 à la Fondation Joan Miró, parc du Montjuïc, Barcelone. Du mardi au samedi, de 10 h à 19 h. Jeudi, de 10 h `a21 h30. Dimanche : de 10 h à 14 h 30. Fermé le lundi.

Visites guidées par des photogaphes chaque jeudi, à 19 h, jusqu’au 31 mai 2012 (sur réservation : activitats@fundaciomiro-bcn.org. Tél : 934 439 470, Helena Cordón).