Gaudi est mort à  quelques pas de la Sagrada Familia de Barcelone, son Å“uvre. Un génie catalan dont l’art bouleversa les codes architecturaux.

La Sagrada Familia, oeuvre monument

à 

Qu’est-ce qui fait qu’aujourd’hui encore on se presse devant l’entrée de la grande cathédrale de la Sagrada Familia? Pourquoi la plupart des touristes viennent d’abord à  Barcelone pour visiter ce temple incroyable, alors que la capitale catalane compte mille autres lieux magiques? Antoni Gaudi i Cornet est sans doute l’artiste de l’Histoire qui laisse derrière lui le plus de mystère architectural… car il est mort avant la fin de la construction de la gigantesque « Sainte-Famille », une Å“uvre qu’on pourrait qualifier d' »extatique ». En effet, la Sagrada Familia est en quelque sorte une représentation de l’extase, mais aussi… de la folie. Par sa démesure architecturale, elle est la pierre angulaire du parcours de Gaudi.

L’Å“uvre démesurée de Barcelone

L’architecte catalan a posé la première pierre à  l’édifice en 1884, il a alors 31 ans et reprend les travaux démarrés en 1882 par Francisco de Paula del Villar. Mais à  la différence du pur style néogothique de son prédécesseur, le jeune Gaudi choisit de faire une église à  sa manière (tout en gardant un certain esprit néogothique), c’est-à -dire loin des canons architecturaux de son époque. Il aime se détacher des normes pour se rapprocher de sa passion: la nature et plus particulièrement les plantes.

La lumière et la nature au centre de son Å“uvre

Gaudi est obsédé par la lumière et par la nature, et tout son travail en témoigne (on pense, par exemple, à  la Casa Batlo ou à  la Casa Milà , sur le Paseo de Gracia, l’artère principale de Barcelone). Sur chaque façade de la Sagrada Familia, il souhaite édifier quatre tours (douze au total), qui représentent les apà´tres. La tour située au milieu de l’édifice symbolisant Jésus-Christ. Quatre autres tours, plus petites, représentent les disciples de Jésus et la Vierge.

Un artiste polémique

Tandis que la Casa Batlo, et la Casa Milà  suscitent le scandale dans tout Barcelone par leur architecture complètement folle, si fantaisiste pour l’époque (aucune ligne droite, des courbes proches des formes de la nature), Gaudi poursuit les travaux de laà Sagrada sans trop se soucier des moqueries des Barcelonais. Sans doute qu’ils ne comprennent pas l’architecture fantastique (et fantasque!) de leur architecte. Avec ce travail, il sait aussi qu’il entame l’Å“uvre de sa vie, qu’elle durera longtemps comme les cathédrales du Moyen à‚ge. Il s’installe alors au sein même de sa création, comme un artiste fou. En fait, il veut surtout être près de ses ouvriers, discuter avec eux et sentir l’édification de son église.

Des années de travaux

Le 7 juin 1926, alors qu’il se rend dans un lieu de culte o๠il a l’habitude d’aller prier, Gaudi est écrasé par un tramway. Il est habillé modestement et les chauffeurs de taxi, le voyant à  terre et ne le reconnaissant pas, refusent de lui porter secours. Il meurt quelques heures plus tard à  l’hà´pital de Santa Creu, laissant son Å“uvre inachevée. Les architectes se succèdent encore aujourd’hui, s’inspirant des plans laissés par le maà®tre. On pourrait leur reprocher de trop vouloir laisser leur empreinte au détriment du véritable style de Gaudi, son amour de la nature, par exemple. Et lorsqu’on se promène autour de la cathédrale, il est facile de distinguer la partie érigée par Gaudi de celles qui ont suivi. Les nouvelles tours et façades ont un aspect plus hiératique, linéaire, rien à  voir avec les courbes des arbres et des plantes qui inspiraient tous les travaux de Gaudi.à Mais peut-on reprocher aux artistes de vouloir laisser leur signature à  des Å“uvres aussi puissantes et magistrales?

à©à Corinne Bernard, mai 2010. Photo : à©à Jean-Benoà®t Kauffmann.