La source des femmes, de Radu Mihaileanu (Le Concert), nous entraîne dans un village marocain où les femmes vont faire grève de l’amour pour mettre à mal le pouvoir des hommes. À voir absolument en ces temps de révolte arabe, et à une époque où en Europe aussi, les hommes ont toujours plus de pouvoir que les femmes. À l’affiche le 9 décembre.

La source des femmes nous fait pénetrer au cœur d’un village arabe, son quotidien et ses traditions. Perdu dans le désert, le village n’a pas beaucoup de ressources et ses habitants y vivent grâce à une organisation rigoureuse des journées. Les hommes et les femmes y ont des rôles bien définis et bien distincts, et c’est bien sûr aux femmes que revient le lot des tâches ménagères, nombreuses et éprouvantes. Parmi ces tâches, il y a celle d’aller chercher l’eau à la source, en haut de la montagne, sur un sol rocailleux et sous un soleil de plomb.

Un jour, Leila, une jeune femme enceinte, chute et perd l’enfant qui grandissait dans son ventre. Suite à cet événement, elle décide que la tradition doit changer : elle convainc les femmes du village que c’est aux hommes qu’incombe la pénible tâche de chercher l’eau à la source et, ensemble, elles vont mener une « grève de l’amour ». Il s’agira de priver les hommes de relations sexuelles tant qu’ils n’apporteront pas l’eau au village.

Rapidement, deux clans se dessinent, et finalement pas tant celui des femmes contre celui des hommes, que celui des esprits ouverts au changement contre celui des esprits que le changement effraie. Mais jamais il n’y a de jugement dans la manière dont Radu Mihaileanu filme ses personnages. À mesure que l’on entre dans cette lutte qui bouleverse le quotidien des habitants du village, on en apprend un peu plus sur chacun d’entre eux, sur leur passé, leurs souffrances. Et l’on comprend mieux leurs réactions face au mouvement lancé par Leila, les envies de rébellion qu’il éveille, autant que les peurs. Dans le village, beaucoup de femmes ont été mariées très jeune à un homme qu’elle n’aimaient pas. Leila a la chance de ne pas être dans ce cas, elle est la femme de Sami, l’instituteur du village. Il la soutient dans son combat en se battant pour que les petites filles aient accès à l’éducation. L’union avec cet homme lui donne la force de poursuivre sa lutte, même si le couple n’échappera pas non plus à de profonds moments de doute face au désordre que provoque la grève des femmes dans le village.

La source de femmes est une véritable ode à l’amour et, à travers cette fiction inspirée d’une histoire vraie, Radu Mihaileanu propose de réfléchir, avec humanité et bienveillance, à des sujets d’actualité sensibles et complexes.

© Claire de Colombel, décembre 2011. Photos : vertigofilms

La source des femmes (La fuente de las mujeres), de Radu Mihaileanu (Va, vis et deviens, Le concert), avec Hafsia Herzi (Couscous), Leila Bekhti (Un Prophète) et Sabrina Ouazani (Des Dieux et des Hommes), présenté à la sélection officielle du Festival de Cannes 2010. Sortie en salles en Espagne le 9 décembre 2011.