L’exposition à« Esto es la guerra! à» proposée au MNAC (en co-production avec l’International Center of Photography, à  New-York) est une rétrospective des photos-reportages de Robert Capa en plein coeur des batailles qui ont secoué le monde dès la fin des années 30 et jusqu’en 1945… rdv jusqu’au 27 septembre.

La guerre vue par Capa

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L’exposition à« Esto es la guerra! à» proposée au MNAC (en co-production avec l’International Center of Photography, à  New-York) est une rétrospective des photos-reportages de Robert Capa en plein coeur des batailles qui ont secoué le monde dès la fin des années 30 et jusqu’en 1945. On y découvrira aussi les photos de sa compagne Gerda Taro. La guerre civile espagnole est sans doute l’une des premières à  avoir été médiatisée à  travers des reportages importants o๠Robert Capa était l’envoyé spécial prêt à  prendre tous les risques, en compagnie des combattants. Sur le front. Capter les images capables de rendre compte de l’horreur de la guerre. Il voyage en Espagne, en France, en Chine, en Indochine.

Mort d'un milicien, Cerro Muriano, front de Cordoue, Espagne, 5 sept. 1936. à© Estate of Cornell Capa
Mort d’un milicien, Cerro Muriano, front de Cordoue, Espagne, 5 sept. 1936. à© Estate of Cornell Capa

En Espagne dès 36, ce sont les républicains face à  la menace nationaliste, la France face à  l’invasion nazie et la Chine menacée de soumission par le Japon. Trois guerres qui ont laissé des traces photogéniques, et si le mot paraà®t peu approprié, c’est pourtant ce qui en découle. La photogénie au sens large, captant avec style une guerre, chaotique, comme il se doit des guerres. La guerre comme un mot générique o๠les victimes sont sans visages et sans noms ce n’est pas ce que choisit Capa. Il met des visages, des regards, sur la souffrance, la fragilité de ces vies. Nommer la guerre à  travers les photos sur les champs de batailles espagnols. A contrario du travail de Don McCullin au Vietnam, la photographie de guerre est prise sur le vif, Capa ne met pas en scène mais montre tout simplement ce qu’il voit, ce qu’il vit, vêtu lui aussi de l’uniforme des combattants.à Il immortalise des visages et des combats dans leur réalité la plus dure.à C’est un photo-reporter pour des revues telles queà Life, Vu, Regardsà ou Match.à Nous sommes en 36, il voit aussi la misère des femmes et des enfants. Abandonnés à  leur sort : l’exode loin des hommes en train de livrer bataille. Des familles entières de Cordoue (Andalousie) fuient avec leurs bébés et leurs enfants dans les bras près du front de Cerro Muriano. C’est là  aussi, sur le front de Cerro Muriano, que Robert Capa photographie ce milicien républicain en train de mourir sous les balles de l’ennemi (à« Mort d’un milicien à»). Sa photo la plus célèbre, emblème et témoignage historique sans équivoque. C’est la première partie de l’expo, une série de photos datées du 5 septembre 1936, on y voit les familles et puis, tous les hommes attendant l’ennemi. Des soldats blessés par des tirs d’obus. La guerre civile en direct. Des hommes qui meurent, et Capa photographiant ça : l’horreur, le saccage fomenté par la vague brune.à En avril 1938, le photographe qui fondera en 47 l’agence Magnum avec son ami Cartier-Bresson, passe d’une bataille à  l’autre, il débarque en Chineà en pleine lutte contre l’insurrection japonaise. Il se pose, entre autres, sur les fronts de Xuzhou ou Tai’ershuang (photographie d’un petit garçon de paysans mort en tentant de sauver ses animaux, portraits de soldats chinois). Pour l’hebdomadaireà Regards, il ramène les images désolantes des bombardements aériens de Hankou, le 19 juillet 38. Des survivants en train d’excaver la terre pour trouver leurs morts. De retour en Espagne, Robert Capa à« couvre à» à  nouveau la guerre civile, les milices combattant pour la liberté face aux armes de Franco. Les visages des familles en exode quittant Barcelone pour rejoindre les camps de réfugiés en France. L’exposition se poursuit avec les images du débarquement du 6 juin 44 sur la plage d’Omaha (on peut voir aussi toutes les planches contact de l’événement). Et puis Leipzig, 17 avril 1945, la déroute allemande est imminente et Capa s’est uni à  la 2e division d’infanterie américaine pour être au plus près des événements. Au stade de Nuremberg, devant l’immense croix gammée de béton, un soldat américain hilare imite le salut nazi. L’exposition se termine par un hommage à  Gerda Taro, photographe qui fut la compagne, le grand amour de Robert Capa. Elle l’a accompagné dans les mêmes guerres, ensemble, ils ont envoyé des images aux journaux français et américains. Les photos sont toujours prises sur le terrain de la guerre civile espagnole, elle s’attache beaucoup aux orphelins. Des enfants qui jouent et rient tandis que dehors, c’est un bain de sang. Elle réalise aussi un magnifique portrait de Robert Capa, en Espagne.à A Barcelone, les familles empruntent la rambla de Cataluà±a…à L’exode vers le Nord. Fuir à  tout prix en emportant le minimum dans des sacs de fortunes. Ne pas perdre son identité familiale. Cette vieille femme assise par terre à  cà´té de son chien noir, n’a plus rien à  perdre, raconte-t-elle à  Robert Capa. Son mari et ses enfants sont morts. Elle attend le prochain convoi pour des jours meilleurs… Ce milicien républicain qui sourit avec sa fille, plaza de Toros, Barcelone, 1936, ce petit orphelin de guerre mangeant sa soupe, Madrid 1937 : il regarde l’objectif fixement mais ne quitte pas la cuillère de ses lèvres, un enfant égaré dans la tourmente des adultes. Gerda Taro, mourra a 27 ans en reportage en Espagne. Robert Capa meurt en mai 1954 en marchant sur une mine près du Tonkin. Il était en train de prendre un cliché de soldats français dans la guerre d’Indochine.

à© Corinne Bernard

Exposition visible jusqu’au 27 septembre 2009 au MNAC, Museu Nacional d’Art de Catalunya, Palau Nacional, parc de Montjuic, Barcelone.