Expo Goya, Luces y sombras

À voir absolument, « Luces y sombras », l’expo consacrée au peintre Francisco de Goya à la Caixa Forum, en coproduction avec le musée du Prado. Des estampes et des toiles dont le célèbre « Parasol ». Caixa Forum Barcelona fête ses dix ans et c’est l’occasion de se précipiter pour voir cette superbe expo présentée jusqu’au 24 juin.

Pour fêter ses dix ans, Caixa Forum Barcelona propose une grande expo consacrée à Goya. « Luces y sombras » est organisée en coproduction avec le musée du Prado. Un rendez-vous donné au même moment que l’expo sur Eugène Delacroix.

Luces y sombras, Ombres et lumières, n’est pas une « anthologie de l’oeuvre de Goya mais plutôt une exposition sur des aspects plus personnels de son oeuvre», soulignait Miguel Zugaza, directeur du musée national du Prado, lors de la présentation de l’exposition. Pour cette première à Barcelone consacrée au peintre espagnol, le choix a été fait de 27 toiles, 44 dessins, 23 estampes et 2 lettres manuscrites. Des oeuvres parmi lesquelles l’impressionnante série sur les rêves où Goya, en effet, se dévoile sous ses aspects plus intimes. Le rêve est pour lui l’exutoire à une société dont il n’aime pas toutes les figures. Ainsi, la tauromachie ou la religion, deux sujets forts, deux thèmes chers à l’Espagne de son siècle et que Francisco de Goya n’apprécie pas. On voit, par exemple, à travers certaines toiles et estampes sur les taureaux, la dénonciation de la violence de l’humanité. Et il n’hésite pas à donner des ailes au taureau, l’invitant à s’envoler, pour échapper au jeu maléfique des hommes (El toro mariposa. Fiesta en el ayre. Buelan buelan, vers 1825-1828, dessin). La série de dessins Caprichos (Caprices, 1799) représente souvent des êtres ou animaux ailés. Des femmes ailées, symbole d’inconstance… pour l’artiste aux nombreuses histoires d’amour. Volaverunt, autre estampe, représente une femme avec des ailes de papillon sur la tête (identifiée comme son amie la duchesse d’Albe). Volaverunt, le vocable latin s’utilisait alors pour exprimer ce qui était perdu, ou qui manquait : la raison, la constance. De cette amitié-amoureuse entre le peintre et son modèle sont nés deux tableaux célèbres, La Maja nue et La Maja vêtue, cette dernière est l’une des toiles les plus connues que l’on peut voir ici, aux côtés du non moins fameux Parasol (1777), oeuvre de commande des Princes des Asturies.

Et puis, pour exorciser ses angoisses toujours et son mécontentement envers une société où il ne se sent pas à sa place, Francisco de Goya peint en 1798 une oeuvre saisissante, une métaphore de la connaissance et de l’ignorance, il s’agit du Vuelo de brujas, Le Vol des sorcières (1798). Soit une autre Allégorie de la Caverne, où l’ignorance est représentée par un paysan se cachant la tête avec une couverture pour ne pas voir un jeune paysan emporté vers la lumière dans un vol par trois hommes (Goya utilise ici des hommes pour figurer les sorcières). Le peintre représente aussi les sorcières dans sa série de dessins Caprices, elles sont pour lui la métaphore de la réalité. Vers la fin de l’exposition, tout comme au début, sont montrés des autoportraits. Goya, comme tout artiste, était préoccupé par la mort, mais sa vie artistique et sa soif de connaissances l’animent jusqu’au bout à poursuivre son travail. Et l’on peut voir un autoportrait où il se dévoile très vieux, un dessin où il pousse le détail jusqu’à ce regard aqueux des yeux qui ont vu tant d’années défiler. Il s’agit d’une des oeuvres réalisées à Bordeaux, dernière étape de sa vie. Il est comme un sage, le dos vouté, une canne à chaque main pour s’appuyer. Il nous regarde droit dans les yeux et laisse apparaître un léger sourire malicieux derrière une longue barbe grise… En haut à droite du dessin, Goya a écrit Aun aprendo, J’apprends encore (1825-1828)… Tout est dit.

 © Corinne Bernard, mars 2012.

Image de couverture : La Maja vêtue, 1800-1807, huile sur toile, musée national du Prado, Madrid. Images texte : 1) Le Parasol, 1777, huile sur toile,  musée national du Prado, Madrid. 2) Aun aprendo, 1825-1828, dessin au crayon, musée national du Prado, Madrid.

« Luces y sombras » (Ombres et lumières), exposition visible jusqu’au 24 juin 2012 à Caixa Forum Barcelona, av. Francesc Ferrer i Guàrdia, 6-8, Barcelone.

À voir aussi :  expo Eugène Delacroix (1798-1863), visible jusqu’au 20 mai 2012.

Du lundi au vendredi, de 10 h à 20 h. Samedi et dimanche, de 10 h à 21 h. Horaire spécial jusqu’au 20 mai : mardis et jeudis, ouvert jusqu’à 22 h. Entrée libre.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *