La Morada del Hombre

Derniers jours pour profiter de l’expo La Morada del Hombre, à la Fondation Foto Colectania. Une promenade à travers 165 photos prises au coeur de notre habitat par des photographes aussi illustres que Berenice Abbott ou Walker Evans. Jusqu’au 16 juin 2012.

La Fondation Foto Colectania et la Fondation Suñol présentent une expo photo de la collection de Martin Z. Margulies. La Morada del hombre est une promenade à travers 165 photos prises au coeur de notre habitat par des photographes aussi illustres que Berenice Abbott ou Walker Evans. Un rendez-vous barcelonais immanquable, jusqu’au 16 juin 2012.

 

© Lee Friedlander, Florida, 1963. Fraenkel Gallery, San Francisco.

Les fondations, Colectania et Suñol exposent une collection rare où sont réunis les clichés de photographes au panthéon de l’histoire de la photo, mais aussi de ses héritiers, tels que Gregory Crewdson ou Jeff Brouws. La Morada del hombre, ou L’Habitat de l’homme, illustre qui nous sommes et notre façon d’appréhender nos lieux de vie. La société, l’habitat, le travail, tout ce qui nous environne, c’est le propos de l’exposition. À la fondation Colectania, d’abord, qui distille les deux premières parties du triptyque. Construire, habiter… les territoires humains vus par Lewis Baltz, Ed Ruscha, Stephen Shore ou Frank Gohlke, ont quelque chose du no man’s land, des sites industriels, des dépôts, des routes surmontées de quelque panneau publicitaire, des pylônes électriques… autant de paysages négligés par l’homme, comme abandonnés à leur triste état d’objets de seconde zone. Stephen Shore s’arrête sur les traces laissées par la société de consommation, ici, les frigidaires d’épiceries de la route (Unititled 17B, 72 et Tucumcari, New Mexico, July, 1972). Jeff Brouws, choisit un entrepôt désaffecté en attente de démolition (Former Warehouse Undergoing demolition and Gentrification Buffalo, NY, 2001) ou un bar aux portes définitivement fermées (Abandoned Neighborhood Bar on Ohio Steet Buffalo, NY, 2002). Le deuxième espace, Estar en el mundo, Être dans le monde, analyse les multiples manières d’aborder la vie en société, par le travail, le rapport aux autres ou les loisirs. On y voit les clichés de photographes aussi importants que Berenice Abbott. L’une de ses photographies montre la place du premier quartier composé d’immeubles destinés aux plus démunis, principales victimes de la Grande Dépression (Court of the First Model Tenement in New York City 1325-1343, 1st Ave. Manhattan, 16 mars 1936). Plus loin, Dorothea Lange, la photographe intéressée par la réalité ouvrière de la même période sombre de l’histoire, nous montre le visages des gens de peu, les oubliés du fameux rêve américain. Lee Friedlander préfère les hôtels aux chambres vides de Baltimore, province chère à John Waters, ici seules les télés sont allumées pour montrer qu’il y a bien des hommes qui y vivent (Baltimore, série The Little Screens, 1962). August Sander, l’un des maîtres allemands du portrait fait poser un couple d’enfants. Ils sont droits et fiers, en petites robes col Claudine et pantalons courts pour le jeune garçon (Zwillinge, c. 1925), ses marchands laitiers (Lackierer, 1932). Helen Levitt interroge la ville, la société et ses masques dans la ville. Où les habitants de New York sont les rois du monde et des groupes d’enfants jouent dans ses rues. Probablement les plus impressionnants par la force qu’ils dégagent, les portraits de Jackie Nickerson et de Pieter Hugo. Un ramasseur de thé au Malawi, ou un montreur de hyènes au Nigeria. L’humanité comme nulle part ailleurs se lit sur ces deux visages, l’un modeste, l’autre, fier de contrer la férocité de l’animal hurleur.

© Gregory Crewdson, Untitled (Merchant’s Row), été 2003. The White Cube, Londres.

La fondation Suñol offre à voir la dernière partie du triptyque : Flux, signes et symboles. Le fil conducteur est que rien ne demeure, avec en point d’orgue des photos des ravages matériels provoqués par l’ouragan Katrina à la Nouvelle-Orléans et des portraits de quelques habitants qui ont survécu et qui tentent de refaire un quotidien dans une ville désolée (série New Orleans, 2006, Jeff Brouws). D’autres tornades ont précédé celle de New Orleans et l’on peut voir le squelette d’une petite ville abandonnée, désormais vide de toute âme. Seule trace d’une société, ce frigidaire trônant au milieu d’un paysage aux arbres nus et aux maisons éventrées (Joel Sternfeld, After a Tornado, Grand Isle, Nebraska, juin 1980). Enfin, très inspirée par l’univers de Edward Hopper où la solitude et la nuit envahissent la toile, cette magnifique photo de Gregory Crewdson (Merchant’s Row, été 2003). Dans une soirée bleue d’été, une femme enceinte s’apprête à traverser une avenue vide, regardant droit devant elle, tandis qu’un homme dans sa voiture, fait de même, ne la voit pas… soit la solitude et l’incommunicabilité de l’habitat humain. L’envers du décorum américain.

© Corinne Bernard, mars 2012. www.corinnebernard.com

photo de couverture : William Eggleston, Untitled (Blue Car on Suburban Street), Memphis, TN, 1970, Dye Transfer, 30×45 cm. © Eggleston Artistic Trust, Courtesy of Cheim & Read, New York.

Exposition visible à la Fondation Colectania ( Julian Romea, 6 D2, du lundi au samedi , de 11 h à 14 h et de 16 h à 20 h, www.colectania.es) et à la Fondation Suñol (Passeig de Gràcia, 98, du lundi au samedi, de 16 h à 20 h, www.fundaciosunol.org). Tarif couplé pour les 2 expos : 5 euros et 3 euros (tarif réduit).

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