Entretien avec Gaspar Noé

Au Festival du film fantastique de Sitges, nous avons vu le très polémique Enter the Void, un voyage vers l’immortalité signé Gaspar Noé, l’enfant terrible du cinéma. Rencontre.

Gaspar Noé en interview à Sitges

Une projection matinale d’un film de Gaspar Noé peut être un vrai choc sensoriel : on adhère dès les premières scènes, ou pas. Inspiré du Livre des morts tibétain, Enter the Void est un voyage visuel au-delà de la mort. Nous sommes à Tokyo, ville de néons et de bas-fonds. Oscar est dealer, sa sœur Linda strip-teaseuse. Tout commence par un trip sous acides ; quand la police l’abat dans un bar sordide, l’âme d’Oscar refuse de quitter le monde des vivants et voyage à travers présent, passé et futur. Caméra subjective, plans kaléidoscopiques, musique hypnotique très seventies : on entre, ou pas, dans l’univers décalé du réalisateur d’Irréversible. Court entretien.

Votre film parle du Livre des morts. Croyez-vous à la réincarnation ?
Ce livre est une sorte de bible bouddhiste, un texte lu aux mourants et pendant les 49 jours qui suivent leur mort ; il est censé aider l’esprit à aller vers la lumière, vers la réincarnation. Il existe des montagnes de livres de ce genre, passionnants. Il y a une envie collective de réincarnation ; moi, je ne crois pas à l’immortalité de l’âme. Jung a écrit un livre sur les soucoupes volantes que j’adore, bien que je n’y croie pas… je pourrais tout aussi bien faire un film là-dessus.

Il y a des similitudes avec l’univers de Jodorowsky, son côté mystique…
La Montagne sacrée est un film complètement barré… Oui, on a beaucoup travaillé l’image pour lui donner cet aspect onirique.

Trouver un acteur qui accepte d’être filmé de dos tout le film… comment avez-vous fait ?
C’est un non-professionnel qui travaille dans l’image. Tourner avec nous était pour lui un moyen de reconnaissance, de découvrir Tokyo. Je n’aurais pas pu faire appel à un professionnel, à cause de leur ego : je voulais quelqu’un qui soit avec moi, sans avoir à jouer les infirmières. Un acteur professionnel n’aurait jamais accepté un rôle où on ne le voit pas de face.

La fin est obscure : où se réincarne l’âme d’Oscar, lors de la scène de l’accouchement ?
On a filmé avec la mère, mais on ne voit pas vraiment son visage : on a voulu brouiller les pistes… on revient à la case départ.

Propos recueillis par Corinne Bernard. Photo : Jean-Benoît Kauffmann.