Sergi López est au Festival de Sitges pour présenter Les Derniers Jours du monde des frères Larrieu, où il partage l’affiche avec Mathieu Amalric, Catherine Frot et Karin Viard. Rencontre au soleil, dans le jardin de son hôtel.

La fin des temps ; des gens qui s’aiment, se trompent, font des folies pour ne pas penser à l’issue fatale. Les Derniers Jours du monde suit des personnages qui veulent poursuivre leur vie malgré le chaos. C’est Manuel Poirier qui, cherchant un acteur à l’accent espagnol pour La Petite Amie d’Antonio (1992) puis Western (1997), a découvert Sergi López. Depuis, il mène une filmographie surprenante — Une liaison pornographique, Le Labyrinthe de Pan, Partir… Aux antipodes de ceux qui posent, il est naturel, bon vivant et joyeux, comme tout Catalan qui se respecte. Conversation.
Quel personnage joues-tu dans ce film ?
Je suis très ami avec Mathieu (Amalric), et nos chemins se croisent plusieurs fois. Mon personnage est un chanteur d’opéra : il incarne le désir de vivre, d’aimer, de goûter chaque chose. Il est peut-être homosexuel, mais… ce n’est pas vraiment clair… peut-être qu’il aime les garçons et les filles. On ne sait pas.
On te propose souvent des rôles en demi-teinte, des personnages à double visage, comme dans Harry, un ami qui vous veut du bien…
C’est vrai, ce sont souvent des personnages contradictoires, ambigus, inattendus. J’ai beaucoup de chance avec ça, je le vis comme un privilège ; c’est sans doute ce que les autres voient de moi. Et mon accent aussi : il aurait pu être un handicap, il n’en est pas un — c’est presque une richesse, il nourrit le côté mystérieux.
C’est ton premier rôle dans un film de science-fiction…
Il y a aussi Le Labyrinthe de Pan et Ricky, proches de ce genre. Mais je me fiche du genre, je n’ai pas de style précis. Le style purement formel ne m’intéresse pas ; ici, le point de vue est axé sur l’individu, sur la façon dont des gens se comportent face à un événement tragique. Profiter du présent, lutter contre la peur : ça me parle.
Comment expliques-tu ton succès en France, peut-être plus visible qu’en Espagne ?
C’est sans doute parce que j’ai plus travaillé là-bas, parce que je passais sur Canal+… ou alors, mon accent, peut-être.
Notre petite question étrange : qui es-tu, Sergi ?
Question bizarre, oui ! (il éclate de rire) Mais j’aime bien, ça me change. Je me sens de plus en plus en équilibre avec moi-même, même s’il m’arrive de me tromper dans mes choix. Je me reconnais dans ce que je fais ; ça me parle, de me battre pour ce que je défends.
Que ferais-tu si l’on t’annonçait la fin du monde ?
J’irais au restaurant avec mes amis, et on discuterait beaucoup pour éviter de paniquer…
Propos recueillis par Corinne Bernard.



