
Vie pratique · Fiscalité
Vous avez un patrimoine confortable et vous vous installez à Barcelone ? Il y a un impôt que la plupart des guides d’expatriation mentionnent à peine, et qui peut représenter plusieurs milliers d’euros par an : l’impôt sur le patrimoine catalan. Contrairement à l’idée reçue (« l’Espagne ne taxe pas la fortune comme la France »), le seuil est en réalité plus bas en Catalogne que dans le reste de l’Espagne. Voici ce qu’il faut vérifier avant de signer un bail ou d’acheter.
Un impôt régional, pas national
L’Impuesto sobre el Patrimonio existe dans toute l’Espagne, mais chaque communauté autonome fixe son propre seuil d’exonération et son propre barème. Madrid applique une réduction de 100 %, ce qui revient dans les faits à ne pas payer cet impôt. La Catalogne, elle, a fait un choix inverse : le seuil d’exonération y est de 500 000 € par personne, contre 700 000 € dans le régime par défaut appliqué ailleurs. Un couple installé à Barcelone qui déclare séparément est donc imposable dès 1 million d’euros de patrimoine net cumulé, résidence principale déduite (300 000 € d’abattement supplémentaire sur celle-ci).
Vérifié sur atc.gencat.cat, l’Agència Tributària de Catalunya, page consultée en septembre 2026.
Qui doit déclarer
La déclaration est obligatoire dans deux cas : si l’impôt calculé (après abattements) donne un montant à payer, ou si la valeur brute de vos biens et droits dépasse 2 millions d’euros — même si l’impôt dû est finalement nul. Le patrimoine pris en compte est mondial : comptes bancaires, biens immobiliers en France ou ailleurs, portefeuille d’actions, assurances-vie, tout entre en ligne de compte pour un résident fiscal espagnol.
Le barème catalan, en vigueur depuis 2022
Neuf tranches, de 0,21 % à 3,48 % au-delà de 20 millions d’euros de base imposable. Quelques repères :
- Jusqu’à 167 129 € de base imposable : 0,21 %
- De 668 500 € à 1,34 million € : 0,945 %
- De 2,67 millions à 5,35 millions € : 1,785 %
- Au-delà de 20 millions € : 3,48 %
Un patrimoine net imposable d’1,2 million d’euros, une fois les abattements appliqués, donne ainsi une facture de l’ordre de 7 000 à 8 000 € par an en Catalogne, contre 0 € à Madrid pour un patrimoine équivalent. L’écart entre communautés autonomes est donc un vrai paramètre à intégrer dans un choix d’installation, pas un détail.
Barème 2022-2025 en vigueur, Decret-llei 16/2022 du 20 décembre 2022 et Decret legislatiu 1/2024 du 12 mars 2024.
Un plafond protège les revenus modestes à fort patrimoine
Un mécanisme limite la casse pour qui a un gros patrimoine mais peu de revenus (une résidence de famille sans activité, par exemple) : la somme de l’impôt sur le patrimoine et de l’impôt sur le revenu (IRPF) ne peut pas dépasser 60 % des revenus imposables, avec un plancher : l’impôt sur le patrimoine ne peut jamais être réduit de plus de 80 %. Deux arrêts récents du Tribunal Suprême (29 octobre et 3 novembre 2025) ont confirmé que ce plafond s’applique aussi bien aux résidents qu’aux non-résidents.
Et la France dans tout ça ?
Contrairement à l’IFI français, qui ne porte que sur l’immobilier, le Patrimonio espagnol porte sur l’ensemble du patrimoine mondial d’un résident fiscal espagnol. Si vous conservez un bien immobilier en France, il reste par ailleurs soumis à l’IFI français : les deux impôts ne se recouvrent pas totalement, mais la convention fiscale franco-espagnole permet d’imputer l’un sur l’autre pour éviter une double imposition pure et simple. C’est un point à vérifier avec un fiscaliste ou un gestor avant l’installation, pas après : la déclaration porte sur la situation au 31 décembre de chaque année, et se dépose entre avril et juin de l’année suivante.
En pratique
Si votre patrimoine net (résidence principale exclue) reste sous 500 000 € par personne, cet impôt ne vous concerne pas. Au-delà, l’écart entre communautés autonomes (Madrid à 0 %, la Catalogne avec un barème réel) mérite d’être chiffré précisément avant de choisir sa région d’installation, en particulier si vous envisagez d’y rester en tant que retraité ou investisseur. Pour la partie création d’entreprise et fiscalité professionnelle, voyez aussi notre dossier créer son entreprise à Barcelone et notre comparatif fiscalité auto-entrepreneur France/Espagne.




