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Créer une SASU en France puis vivre à Barcelone, c’est un montage que beaucoup d’indépendants envisagent. La société est française, les clients aussi, et la vie se passe en Espagne. Ce que les guides en ligne disent rarement : la société reste française, mais pas le dirigeant. Quatre règles différentes s’appliquent, et aucune ne se choisit.
Cette page suit les textes officiels, français et espagnols. Pour chaque point, elle dit s’il est établi, déduit ou sans source. Elle a été vérifiée le 2 novembre 2026. Elle ne remplace pas un conseil personnalisé, surtout sur les trois points signalés plus bas comme non tranchés.
Les quatre questions, et l’état des sources
| Question | Ce que disent les textes | Statut |
|---|---|---|
| Où le dirigeant paie-t-il l’impôt sur le revenu ? | En Espagne s’il y réside plus de 183 jours ou s’il y a le centre de ses intérêts économiques. La convention franco-espagnole départage les doubles résidences. | Établi |
| Où cotise-t-il à la sécurité sociale ? | En règle générale, dans le pays où il exerce son activité. Pour un dirigeant qui travaille uniquement depuis Barcelone, ce serait l’Espagne. | Règle établie, application au dirigeant de SASU déduite |
| Où la société est-elle imposée ? | En France, par son immatriculation. Mais l’Espagne peut la considérer comme résidente si elle est dirigée depuis Barcelone. | Risque écrit dans les textes, aucune application trouvée |
| Que faut-il déclarer en Espagne ? | Les dividendes (IRPF), les titres de la société à l’étranger (modelo 720 au-delà de 50 000 €), et le patrimoine au-delà du seuil catalan. | Établi |
Créer la SASU depuis Barcelone
C’est la partie la plus simple, et elle se fait entièrement à distance. Les formalités passent par le guichet unique des formalités d’entreprises, en ligne.
- Capital : fixé librement par l’associé unique, à partir de 1 €. La moitié des apports en numéraire doit être libérée à la création. Le reste doit l’être dans les cinq ans.
- Dépôt du capital : auprès d’une banque ou d’un notaire. La Caisse des dépôts ne le reçoit plus depuis le 1er juin 2021.
- Siège social : une adresse est obligatoire avant l’immatriculation. Le domicile du dirigeant est autorisé pour cinq ans au plus. À défaut, il faut une société de domiciliation agréée par la préfecture, avec un contrat d’au moins trois mois.
- Frais officiels : 33,83 € d’immatriculation et 19,33 € pour la déclaration des bénéficiaires effectifs. L’annonce légale s’y ajoute. Son prix varie selon le département.
- Compte bancaire professionnel : obligatoire pour créer la société. Une banque peut refuser de l’ouvrir. Il reste alors le droit au compte, qui désigne une banque d’office pour les services de base.
Une question reste ouverte : faut-il habiter en France pour présider une SASU ? Nous n’avons trouvé aucune page officielle qui l’impose à un Français, ni qui l’exclut. Service-Public se contredit sur le cas des dirigeants étrangers. Une absence de règle écrite n’est pas une garantie. Si vous tenez à ce point, demandez-le au greffe du tribunal de commerce.
Sources : Service-Public Entreprendre, SASU, dépôt du capital, domiciliation et compte professionnel.
Votre impôt sur le revenu : l’Espagne, presque toujours
Le droit espagnol (article 9 de la loi sur l’IRPF) vous considère comme résident dans l’un de ces deux cas : vous passez plus de 183 jours par an en Espagne, ou le centre de vos activités ou de vos intérêts économiques s’y trouve. Un seul critère suffit. Il existe aussi une présomption : si votre conjoint non séparé et vos enfants mineurs vivent habituellement en Espagne, vous êtes présumé résident, sauf preuve contraire.
Il n’y a pas de prorata l’année du déménagement. La période d’imposition est l’année civile entière. Si l’un des critères est rempli, vous êtes résident pour l’année complète.
La France peut aussi vous considérer comme résident. Le critère du « centre des intérêts économiques » est défini comme le lieu d’où l’on administre ses biens ou d’où l’on tire l’essentiel de ses revenus. Une SASU qui verse l’essentiel de vos revenus peut donc ancrer ce centre en France. Dans ce cas, la convention fiscale du 10 octobre 1995 tranche dans cet ordre :
- le foyer d’habitation permanent ;
- le centre des intérêts vitaux ;
- le séjour habituel ;
- la nationalité ;
- à défaut, l’accord amiable entre les deux administrations.
Avec un logement et une famille à Barcelone, la cascade s’arrête en général au premier critère. Conserver une adresse en France n’y change rien.
Sources : loi sur l’IRPF (BOE), BOFiP, domicile fiscal en France et convention franco-espagnole (BOE).
Vos cotisations sociales : la règle est claire, son application l’est moins
Ce qui est établi
En France, le président de SASU est « assimilé salarié » (article L311-3, 23°, du Code de la sécurité sociale). Il dépend du régime général, avec les cotisations d’un cadre, sauf l’assurance chômage. Il n’y a pas de chômage pour un président associé unique. Tant qu’il ne se verse aucun salaire, il n’a aucune déclaration à faire à l’Urssaf et ne paie aucune cotisation.
Au niveau européen, le règlement 883/2004 pose une règle simple : on ne dépend que de la législation d’un seul État. En principe, c’est celui où l’on exerce son activité (article 11). Le CLEISS, l’organisme officiel de liaison, applique ce principe au télétravail exercé à 100 % depuis l’État de résidence.
Ce qui est déduit, pas établi
Aucune page officielle (CLEISS, Urssaf, Seguridad Social) ne traite le cas d’un dirigeant de société française qui vit et travaille seul en Espagne. Nous n’avons trouvé non plus aucun texte qui dise où s’exerce un mandat social. La conclusion « vous relevez de l’Espagne » est donc logique, mais c’est une déduction.
Voici pourquoi elle est probable. Le règlement dit que la qualification « salarié » ou « indépendant » se fait selon la loi de l’État où l’activité est exercée. Le statut français d’assimilé salarié ne lie donc pas l’Espagne. Or le droit espagnol range dans le régime des indépendants (RETA) les administrateurs d’une société de capital qui en détiennent le contrôle effectif. Un associé unique à 100 % remplit cette condition (article 305.2 b de la loi générale de sécurité sociale). Les administrateurs sans contrôle relèvent, eux, du régime général, sans chômage (article 136.2 c).
Deux points ne sont pas confirmés. Nous n’avons trouvé aucun texte qui dise si « société de capital » couvre une société étrangère. Nous n’avons rien trouvé non plus sur un administrateur qui ne perçoit aucune rémunération.
Le piège de la double affiliation
Si la SASU vous verse un salaire, elle le déclare en France et cotise au régime général. L’Espagne peut, de son côté, exiger l’affiliation au RETA. Le règlement n’admet qu’une seule législation. En cas de désaccord, les deux institutions doivent s’entendre (règlement 987/2009, article 16). Aucun texte lu ne dit ce qui se passe en pratique dans ce cas.
Il existe une exception, le maintien dans le régime français par accord entre les deux États (règlement 883/2004, article 16). Mais l’Urssaf et le CLEISS ne la décrivent que pour les salariés. L’accord-cadre sur le télétravail exclut expressément les activités non salariées. Nous n’avons trouvé aucune procédure pour un dirigeant qui travaille à 100 % depuis l’Espagne.
Ce que ça coûte côté espagnol
- Le taux global du RETA est de 31,50 % en 2026 (taux additionnés de l’ordre ministériel PJC/297/2026).
- La tarifa plana est de 88,64 € par mois pendant 12 mois, prolongeable de 12 mois si les revenus nets restent sous le SMI. La Seguridad Social précise qu’elle suppose d’être affilié au RETA. Attention : la loi fixe le montant de 80 € hors MEI pour 2023 à 2025 et renvoie 2026 au budget. Vérifiez le montant en vigueur avant de vous y fier.
- Après la première année, un administrateur-associé (« autónomo societario ») cotise sur une base minimale de 1 424,40 € à la régularisation annuelle. À 31,50 %, cela fait environ 449 € par mois (calcul fait à partir de ces deux chiffres officiels). Ne retenez pas le chiffre de 205,88 € que vous lirez ailleurs : c’est la base d’un indépendant ordinaire à bas revenus.
Les cotisations donnent droit à la santé, aux indemnités journalières (avec une condition d’ancienneté d’au moins 180 jours d’affiliation sur cinq ans) et à la retraite. Les périodes cotisées en France et en Espagne se cumulent pour ouvrir le droit à la retraite, et chaque pays calcule sa part.
La Caisse des Français de l’étranger
Elle est facultative. Selon le CLEISS, dans l’Union européenne, elle ne couvre que la vieillesse et l’invalidité pour quelqu’un qui est affilié localement. La CFE écrit pour sa part qu’elle assure « tous les Français résidant à l’étranger ». Les deux ne sont pas réconciliés. Posez la question à la CFE avant de compter sur sa couverture santé.
Sources : CLEISS, télétravail transfrontalier, Urssaf, mobilité internationale, loi générale de sécurité sociale (BOE), ordre PJC/297/2026 (BOE), CLEISS, régimes.
La société : française sur le papier, mais dirigée d’où ?
En France, la SASU paie l’impôt sur les sociétés. Le taux est de 25 %. Un taux réduit de 15 % s’applique à la part des bénéfices jusqu’à 42 500 €, pour les PME dont le chiffre d’affaires ne dépasse pas 10 millions d’euros et dont le capital, entièrement libéré, est détenu à 75 % au moins par des personnes physiques. La cotisation foncière des entreprises (CFE) reste due même sans local, y compris à domicile. La franchise de TVA est de 37 500 € de chiffre d’affaires pour les services, avec un seuil majoré à 41 250 €. Pour un client professionnel d’un autre pays de l’UE, la facture est hors taxes et la TVA est autoliquidée par le client.
Le risque que personne ne mentionne
Le droit espagnol de l’impôt sur les sociétés (article 8.1 c de la loi 27/2014) considère comme résidente toute société dont le « siège de direction effective » est en Espagne. Le texte précise que c’est le lieu où se trouvent la direction et le contrôle de l’ensemble de ses activités. Les trois critères de l’article (constitution, siège social, direction effective) sont alternatifs. Une société constituée et domiciliée en France peut donc aussi être résidente d’Espagne.
La convention franco-espagnole reprend le même critère pour départager une société de double résidence (article 4, §3). Elle prévoit aussi l’établissement stable (article 5), qui inclut le « siège de direction » et toute installation fixe d’affaires. Une adresse de domiciliation en France ne neutralise pas ce critère espagnol.
Pour le télétravail du dirigeant, le commentaire de l’OCDE sur la convention modèle, mis à jour en 2025, donne une grille. Un domicile utilisé moins de 50 % du temps de travail n’est généralement pas un lieu d’affaires. Au-delà, tout dépend des faits, notamment de la « raison commerciale » de la présence dans l’État. Travailler de chez soi uniquement pour réduire ses coûts n’en est pas une. Un président seul décideur, présent à 100 % à Barcelone, dépasse le seuil de 50 %.
Ce que cela prouve, et ce que cela ne prouve pas. Le risque est fondé sur les textes. Nous n’avons trouvé aucune décision, aucune consultation de la DGT (l’administration fiscale espagnole) ni aucune doctrine qui l’applique à ce cas précis. Nous n’avons pas interrogé la base de consultations avec une requête structurée, donc une consultation a pu nous échapper. Le commentaire OCDE est interprétatif et n’est pas contraignant. Nous n’avons pas vérifié si l’Espagne ou la France l’appliquent à cette convention de 1995. Si la société a de vrais clients, des fournisseurs ou une activité en France, et que vous vous y rendez réellement, le risque diminue. C’est un fait à documenter, pas une certitude.
Y a-t-il double imposition ?
Sur les mêmes bénéfices, la convention est conçue pour l’éviter.
- Établissement stable en Espagne. L’Espagne n’impose les bénéfices que « dans la mesure où ils sont imputables à cet établissement stable » (article 7, §1). La France, où la société reste résidente, accorde un crédit d’impôt égal à l’impôt français correspondant (article 24, §1 a). L’impôt final est donc celui de l’Espagne sur la part imputée.
- Société jugée résidente d’Espagne. L’article 4, §3 ne retient qu’une seule résidence pour l’application de la convention. Nous n’avons pas lu ce que le droit interne français en fait ensuite.
Le risque réel est ailleurs. Si les deux administrations ne s’accordent pas sur la part de bénéfices imputable à l’établissement stable, le crédit français peut ne pas couvrir la différence. C’est une déduction de notre part. Nous n’avons pas lu la procédure amiable de la convention et nous n’avons trouvé aucun délai. À ne pas confondre avec le cumul normal entre l’impôt de la société et celui de l’associé sur ses dividendes, qui existe dans tous les cas.
Sources : loi 27/2014 sur l’impôt sur les sociétés (BOE), mise à jour 2025 du modèle de convention de l’OCDE, Service-Public, SASU (impôt sur les sociétés), CFE, franchise de TVA et le texte français de la convention.
Se payer : salaire ou dividendes
Le salaire
Le président de SASU est imposé sur sa rémunération dans la catégorie des traitements et salaires. Pour un résident d’Espagne, l’article 15 de la convention donne en principe le droit d’imposer au pays où le travail est exercé, donc l’Espagne.
Un point mérite d’être vérifié avec un fiscaliste. Le protocole de la convention (point 13) étend l’article 16, normalement réservé aux jetons de présence, aux revenus d’un résident d’Espagne qui est associé ou gérant d’une société française soumise à l’impôt sur les sociétés, « autre qu’une société anonyme ». Une SAS n’est pas une société anonyme. La France garderait donc, probablement, un droit d’imposer la rémunération du président, avec élimination de la double imposition en Espagne. C’est notre lecture du texte. Nous n’avons trouvé aucune doctrine de l’administration française qui l’applique aux présidents de SAS.
Les dividendes
Les dividendes versés à une personne physique non résidente subissent en France une retenue à la source de 12,8 % (taux au 1er janvier 2026). Ils ne subissent pas les prélèvements sociaux français. La convention plafonne la retenue à 15 %. Comme 12,8 % est inférieur à 15 %, il n’y a aucune demande de taux réduit à faire.
En Espagne, les dividendes entrent dans la base de l’épargne de l’IRPF. Le barème 2025 et 2026, identique pour la Catalogne selon les textes consultés, est de :
| Part de la base de l’épargne | Taux total |
|---|---|
| Jusqu’à 6 000 € | 19 % |
| De 6 000 à 50 000 € | 21 % |
| De 50 000 à 200 000 € | 23 % |
| De 200 000 à 300 000 € | 27 % |
| Au-delà de 300 000 € | 30 % |
L’impôt retenu en France se déduit de l’impôt espagnol (article 80 de la loi sur l’IRPF et article 24 de la convention). La déduction est plafonnée à l’impôt espagnol correspondant. La retenue française est donc une avance, pas une charge supplémentaire.
Exemple chiffré. Votre société réalise 40 000 € de bénéfice. L’impôt sur les sociétés au taux réduit de 15 % est de 6 000 €, il reste 34 000 € distribuables.
| Étape | Montant |
|---|---|
| Dividende brut | 34 000 € |
| Retenue française (12,8 %) | 4 352 € |
| Impôt espagnol brut (19 % sur 6 000 €, 21 % sur 28 000 €) | 7 020 € |
| Déduction de l’impôt payé en France | 4 352 € |
| Reste à payer en Espagne | 2 668 € |
| Impôt total sur le dividende | 7 020 €, soit 20,6 % |
Avec l’impôt sur les sociétés, le prélèvement total sur le bénéfice atteint environ 32,6 % (13 020 € sur 40 000 €). Ce calcul suppose que votre minimum personnel est déjà absorbé par d’autres revenus, par exemple un salaire. Si ces dividendes sont votre seul revenu de l’année, l’article 56.2 de la loi sur l’IRPF fait entrer ce minimum dans la base de l’épargne. L’impôt baisse alors d’environ 1 050 €. C’est un ordre de grandeur calculé à partir du texte, pas une simulation de l’administration. Faites-le chiffrer par un asesor fiscal.
Sources : impots.gouv.fr, dividendes, BOFiP, retenue sur les dividendes et la loi sur l’IRPF (BOE).
Ce qu’il faut déclarer en Espagne
- Les dividendes, dans la déclaration annuelle d’IRPF (modelo 100), avec le crédit d’impôt pour la retenue française.
- Le modelo 720, la déclaration des biens et droits à l’étranger. Les titres d’une société étrangère que vous détenez en font partie, dans la catégorie « valeurs ». Le seuil est de 50 000 € pour l’ensemble de la catégorie. Au-delà, il faut tout déclarer, entre le 1er janvier et le 31 mars de l’année suivante. Elle ne se redépose que si la valeur de la catégorie augmente de plus de 20 000 €. Depuis la loi 5/2022, les sanctions relèvent du régime général de la loi générale tributaire. Nous n’avons pas relu les montants. La valorisation d’une société non cotée suit des règles propres, que je n’ai pas détaillées.
- L’impôt sur le patrimoine. En Catalogne, le minimum exonéré est de 500 000 € en 2026. Les exonérations qui peuvent jouer (résidence principale, entreprise familiale) n’ont pas été vérifiées à la source pour 2026.
L’oubli le plus fréquent est le modelo 720, parce que tout le reste (NIE, empadronamiento, compte espagnol) est fait.
Sources : décret 1065/2007, article 42 ter (BOE), Agencia Tributaria, questions sur le modelo 720, ministère des Finances, fiscalité autonomique 2026.
Quitter la France avec une société : l’exit tax
Avant le départ, deux démarches sont à prévoir. La première est administrative : un changement d’adresse du bénéficiaire effectif se déclare au guichet des formalités d’entreprises, dans les 30 jours.
La seconde concerne l’exit tax. Elle vise les personnes qui ont été résidentes fiscales françaises au moins six ans sur les dix dernières années, et qui détiennent des droits sociaux d’une valeur globale d’au moins 800 000 €, ou représentant au moins 50 % des bénéfices d’une société. Les deux critères sont alternatifs. Une SASU détenue à 100 % représente 100 % des bénéfices sociaux, donc le seuil de 50 % est atteint quelle que soit la valeur de la société. C’est une conséquence du texte, que l’administration ne formule pas ainsi.
L’impôt porte sur les plus-values latentes. Un sursis de paiement est automatique pour un transfert vers l’UE ou l’EEE. Un dégrèvement intervient après deux ans (titres de moins de 2 570 000 €) ou cinq ans (au-delà). La page officielle ne dit pas la même chose que certains résumés sur la nature des prélèvements concernés (impôt sur le revenu seul ou aussi prélèvements sociaux). Relisez-la avant de décider.
Source : impots.gouv.fr, exit tax.
Et si l’activité se fait vraiment depuis Barcelone ?
Quand les clients, le travail et la vie sont à Barcelone, garder la société française n’est pas toujours le choix le plus cohérent. Deux autres options existent : devenir autónomo, ou créer une sociedad limitada (SL). Pour le statut d’indépendant, voyez notre guide de la création d’entreprise, notre page sur le freelance sans devenir autónomo et notre dossier sur la fiscalité de l’auto-entrepreneur français à Barcelone.
La sociedad limitada, et dans quels cas elle peut être préférable
La SL est la forme espagnole la plus proche de la SASU. Elle se crée avec un capital d’un euro seulement (article 4 de la loi sur les sociétés de capital). Sous 3 000 €, 20 % du bénéfice vont obligatoirement en réserve légale. En cas de liquidation insuffisante, les associés répondent solidairement de la différence jusqu’à 3 000 €. La constitution passe par un acte notarié et le Registro Mercantil. En ligne, avec les statuts types et un capital de 3 100 € au plus, le guide officiel du portail PAE annonce 60 € de frais de notaire et 40 € de registre, plus TVA. Ailleurs, comptez 150 € et 100 €. Nous n’avons trouvé aucun délai officiel de bout en bout.
Quand elle peut être préférable (une comparaison de taux, pas une simulation) :
- Le revenu est élevé. L’impôt sur les sociétés espagnol est de 25 % en 2026. Il est de 15 % les deux premiers exercices bénéficiaires d’une société nouvelle, et de 19 % jusqu’à 50 000 € puis 21 % pour une société qui réalise moins d’un million d’euros de chiffre d’affaires. L’IRPF d’un autónomo, lui, monte à 50 % au-delà de 300 000 € en Catalogne, avec des taux marginaux de 31 % et plus bien avant (addition des barèmes de l’État et de la Catalogne). L’écart est réduit par l’impôt sur le dividende (retenue de 19 %, puis 19 à 30 % à l’IRPF). Le point de bascule dépend de ce que vous laissez dans la société.
- Vous voulez limiter votre responsabilité. L’autónomo répond de ses dettes sur tout son patrimoine (article 1911 du Code civil). La SL limite la responsabilité des associés au capital. Les administrateurs répondent toutefois solidairement s’ils ne font pas dissoudre une société qui le doit (article 367), et l’associé unique d’une SL non inscrite après six mois répond sans limite (article 14).
- Vous voulez éviter le modelo 720 sur la société. Détenir la SASU en direct expose à cette déclaration si ses titres dépassent 50 000 €. Les titres d’une SL espagnole ne sont pas « situés à l’étranger », selon le règlement d’application. C’est une lecture du texte, aucune FAQ de l’administration ne le dit.
Quand elle est moins bonne.
- Le revenu est bas. L’administrateur-associé d’une SL cotise au RETA sur une base minimale de 1 424,40 €, soit environ 449 € par mois, contre environ 206 € au bas du barème réduit pour un autónomo ordinaire (calculs à 31,50 %). Il n’a pas accès à ce bas du barème.
- Distribuer des dividendes n’évite pas les cotisations. Selon la lettre de la loi (article 308.1 c), les dividendes d’une société où l’associé détient au moins 33 % du capital, ou 25 % s’il en est administrateur, entrent dans sa base de cotisation au RETA.
- Les obligations sont plus lourdes. Comptes formulés sous trois mois, assemblée sous six mois, dépôt au Registro Mercantil dans le mois suivant. Le non-dépôt entraîne la fermeture du registre et une amende de 1 200 à 60 000 €. Les contrats entre l’associé unique et sa SL doivent être écrits et consignés dans un registre. Le coût d’une gestoría n’est pas chiffré ici, faute de source officielle.
- Le taux de 15 % peut sauter. Il est refusé si l’activité était exercée l’année précédente par une personne physique détenant plus de 50 % de la société. Un autónomo qui bascule sa propre activité dans sa SL est dans ce cas.
Deux points restent sans réponse. Nous n’avons trouvé aucune règle claire sur la déductibilité de la rémunération d’un administrateur, qui est gratuite sauf clause des statuts (article 217). Nous n’avons trouvé aucun texte spécifique sur le passage d’une SASU à une SL. Ce sont les régimes généraux de restructuration qui s’appliquent (loi sur l’impôt sur les sociétés, articles 76 à 89), avec une communication obligatoire à l’administration. Cette étape se prépare avec un asesor fiscal.
Sources : loi sur les sociétés de capital (BOE), guide PAE de constitution d’une SL, loi sur l’impôt sur les sociétés (BOE), loi générale de sécurité sociale (BOE), ministère des Finances, fiscalité autonomique 2026 et Code civil (BOE).
Ce qu’il faut demander, et à qui
Trois questions ne se règlent pas par la lecture. Posez-les par écrit avant de vous installer, et gardez les réponses.
- À l’Urssaf, service mobilité internationale ([email protected]) : « Président et associé unique d’une SASU française, je réside et travaille uniquement à Barcelone. Quelle législation s’applique, et que se passe-t-il si la société me verse un salaire ? »
- À la Tesorería General de la Seguridad Social, ou à un gestor : dois-je m’affilier au RETA en tant qu’administrateur d’une société étrangère, et la tarifa plana s’applique-t-elle ?
- À un asesor fiscal ou un avocat fiscaliste, de préférence connaissant les deux systèmes : la société risque-t-elle d’être résidente ou d’avoir un établissement stable en Espagne dans mon cas, et comment le documenter ?
Ces avis restent des avis, mais ils vous protègent mieux qu’une règle déduite d’un article de blog.
Ce que cette page ne dit pas
- Elle ne traite pas la cession de la société, ni la retenue à la source française sur un salaire de président non résident, ni le traitement français de l’année de départ.
- Les articles du Code général des impôts, du Code de commerce et du Code monétaire et financier n’ont pas pu être relus sur Légifrance. Nous avons utilisé les pages officielles qui les reprennent (BOFiP, impots.gouv.fr, Service-Public).
- Les textes de l’Union européenne ont été lus dans leurs versions consolidées de 2012 (règlement 883/2004) et 2018 (règlement 987/2009).
- Les taux, seuils et barèmes changent chaque année, surtout les cotisations espagnoles. Vérifiez la date de lecture ci-dessus.
Si vous constatez une erreur, ou si une administration vous a donné une réponse différente, écrivez-nous. Une réponse écrite d’une administration vaut plus que cette page, et nous la mettrons à jour.




